PODCAST : EIP & Tests

Surdoués, précoces : a-t-on tendance à surdiagnostiquer les enfants ?

Un élève est distrait en classe ? Il a des difficultés à suivre ses cours ? Après consultation, la réponse du psychologue est sans appel : il est précoce !

Ce diagnostic* rassurant pour les parents permet d’expliquer pourquoi leur enfant n’est pas aussi performant que ses camarades. Avec pour risque de passer à côté d’autres troubles comme l’autisme, la dyslexie ou des troubles de l’attention.

Entretien avec Franck Ramus, directeur de recherches au CNRS, professeur de psychologie à l’école Normale Supérieure.

(Source France Culture)

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*Personnellement ce terme de diagnostic me dérange, tout comme la photo d’illustration

Neuromythes on en parle ?

Les neuromythes qu’est-ce donc ? Non ce n’est pas une espèce de mites qui dévorent le cerveau (quoi-que..) mais un ensemble d’affirmations et/ou croyances sur le fonctionnement du cerveau humain qui se propagent sur beaucoup de réseaux y compris sur des pages de pseudo professionnels du HPI.

Voici une publication très intéressante et complète sur le sujet, rédigée par Quentin Kuntzmann, psychologue et chargé d’études sur les usages du numérique éducatif dans le cadre du réseau Canopé


Les Neuromythes

L’origine des neuromythes réside bien souvent dans l’incompréhension des travaux de recherche et plus globalement du fonctionnement de la science. Certains individus, parfois très influents, colportent de fausses croyances et rependent par excès de simplification ou par naïveté des illusions sur le fonctionnement neuropsychologique. Par exemple, en 1998, l’état de Floride instaure une loi pour diffuser de la musique classique dans les classes et le gouverneur de Géorgie a investie plus de 100 000 dollars pour distribuer de la musique classique aux futures mères. La raison à cela ? Les résultats d’une étude relayés par de nombreux journaux surfant sur le buzz d’un « effet Mozart » qui permettrait d’augmenter de 8 à 9 points les scores à un test portant sur les capacités spatiales (extrait des nombreux tests permettant la mesure du QI). Cependant les études qui suivirent ne parvinrent pas à répliquer les résultats.

Ce simple exemple illustre à merveille comment de fausses croyances peuvent conduire à impacter négativement le rapprochement encore fragile entre le monde de la recherche en neurosciences cognitives de l’apprentissage et les mondes de l’éducation et de la formation. Je vous propose donc de balayer quelqu’un de ses neuromythes que je croise encore (trop !) régulièrement : 


Êtes vous plutôt cerveau droit ou cerveau gauche ?

La dominance de notre hémisphère droit ou gauche influencerait notre personnalité, le premier étant celui de la logique et de la rationalité alors que le second serait celui de la créativité, des émotions etc…Il s’avère que nos hémisphères sont similaires, ils sont donc constitués des mêmes structures bien que l’on puisse observer des phénomènes de latéralisations : le langage et la motricité en sont d’ailleurs de bons exemples. Ainsi même s’il existe des asymétries fonctionnelles il est impossible d’attribuer spécifiquement à un hémisphère des éléments qui expliqueraient à eux seuls la personnalité d’un individu.


Nous sommes tous intelligents… à notre manière

C’est en 1983 que Gardner a proposé sa théorie des intelligences multiples. Ainsi nous serions tous intelligent à notre manière : certains seraient davantage dotés d’une intelligence logico-mathématique, d’autres d’une intelligence spatiale ou d’une intelligence existentielle (les autres types d’intelligence étant linguistique, intrapersonnelle, interpersonnelle, corporelle, musicale et naturaliste). Cependant, AUCUNE étude scientifique ne soutient cette théorie utopique c’est à dire qu’elle n’a jamais été testée expérimentalement ni été soumise à un examen de la part de la communauté scientifique. Aujourd’hui, seuls des moyens psychométriques tels que le test de QI permettent de fournir une mesure standardisée de l’intelligence humaine. Bien que ce dernier peut être critiqué, il existe une variable, appelé facteur g qui permet d’établir des corrélations entre les différentes aptitudes mentales et celui-ci est intégré dans les différentes théories actuelles les plus scientifiquement acceptées de l’intelligence. Ainsi il existe malheureusement des disparités entre les individus en ce qui concerne l’intelligence et il faut accepter l’idée que certains individus sont plus intelligents que d’autres. Il est important de noter que nos aptitudes mentales sont les fruits des interactions entre plusieurs facteurs : génétiques (qui représentent 50 à 80% de nos différences intellectuelles), cognitifs (via l’entraînement) et environnementaux.


Rabâcher pour mieux mémoriser

Un grand nombre de personnes pensent que le fait de « rabâcher », une leçon par exemple, permet d’améliorer l’apprentissage de celle-ci. Bien que le rabâchage soit utile pour mémoriser des informations à court (voir très court) terme comme dans le cas où nous ayons besoin de retenir un numéro de téléphone il ne permet pas un apprentissage efficace à long terme. La répétition peut cependant aider à mémoriser des informations mais celle-ci doit être étalée temporellement. En effet, le fait de répéter dans le temps va permettre de favoriser le processus de plasticité cérébrale et donc l’apprentissage.


Je suis capable de faire plusieurs choses à la fois

Qui n’a jamais entendu quelqu’un dire qu’il était capable de faire deux choses à la fois ? Malgré cette impression de pouvoir gérer deux tâches simultanément et ce d’autant plus que celles-ci sont automatisées (comme la marche ou la conduite automobile) notre système cognitif ne nous le permet pas. En effet, ce dernier va « switcher » d’une tâche à l’autre très rapidement et ce, au détriment des performances dans les tâches. Donc je vous en prie, lâchez vos smartphones au volant. Si vous êtes toujours persuadé que vous en êtes capable, je vous invite à rechercher « biais d’optimisme comparatif » ; « biais de supériorité illusoire » sur votre moteur de recherche préféré.


Nous utilisons 10% de notre cerveau

Cette croyance, dont certains attribuent l’origine à une mauvaise blague d’Einstein, est largement médiatisée via des sites pseudo-scientifiques ou dans la culture populaire (cf. le film Lucy de Luc BESSON). Pour commencer, cela paraît insensée que la sélection naturelle, qui a façonné nos différents organes et donc notre cerveau, ait pu permettre que celui-ci ne soit utiliser qu’à 10% de ses capacités au vu de sa complexité et de son coût en énergie. Par ailleurs les très nombreuses études menées avec les techniques d’imagerie cérébrale démontrent bien que nous utilisons toutes nos capacités cérébrales.

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Source LinkedIn Quentin KUNTZMANN


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